Marsal

Ce paisible village du département de la Moselle représente le modèle même de ces bourg du Saulnois et de la vallée supérieure de la Seille qui ont fait la fortune de la région située à l' est de Metz, de l' âge du Bronze jusqu' à une époque relativement récente. Marsal a eu la chance de pouvoir se situer sur l' un des gisements de sel gemme les plus riches du monde allié à une place de choix au bord de la Seille et sur la voie antique reliant Metz à Strasbourg par Tarquimpol. Ces faits combinés ont fait de cette petite capitale du "Pagus Salinensis"appelée "Marosallum" par les Romains, l' une des principales plaques tournantes pour l' exploitation de cet "or blanc" que représentait le sel à cette époque. Pourtant, la situation géographique de ces villages n' était guère enviable car ils étaient noyés dans la vallée marécageuse de la Seille peu salubre à cette époque. La mortalité devait d' ailleurs y être supérieure au reste du pays. Les sources et les mares salées de Marsal et de sa région furent d' abord exploitées selon la technique dite du "briquetage" dont l' apogée se situe pendant l' Âge du Fer, pour être ensuite progressivement remplacée par l' apparition des poêles à sel en fer à l' arrivée des Romains.


Les deux principales techniques ancestrales d' exploitation du sel dans le Saulnois.

 

Le briquetage de la Seille

 

 

 

Les poêles à sel

 

 

 

 

 

 

Cette technique a permis de produire du sel en grande quantité de la fin de l' Âge du Bronze jusqu' à l' arrivée des Romains. Son principe exigeait d' abord la récupération de l'eau qui provenait des sources ou des mares salées, et son préchauffage dans des cuvettes disposées dans des fours. La saumure obtenue pouvait ensuite être versée régulièrement dans des moules en terre cuite calés sur un dispositif à grille. Découvert lors de fouilles archéologiques, celui-ci était formé de bâtonnets de 3 à 5 cm de diamètre confectionnés avec de l' argile et des herbes mêlées. Ces bâtonnets étaient entrecroisés et reposaient sur des colifichets de terre. L' ensemble était chauffé à feu vif par en dessous jusqu' à la cristallisation complète du sel dans le gobelet. Il ne restait plus ensuite qu' à briser le gobelet refroidi pour obtenir le pain de sel final.

L' ensemble des éléments en terre cuite que l' on a appelés "briquettes" finissaient en déchets aprés usage. Il s' est ainsi formé de grands dépotoirs qui sont devenus, aprés sédimentation, les énormes îlots de briquetage sur lesquels se sont construit, au milieu des marais, les principales villes du Saulnois. Le briquetage de Marsal est le plus important avec 2 millions de m3 de déchets répartit sur moins d' 1 km2

 

 

Plus efficaces que le briquetage et peut-être déjà utilisées avant la conquête de la Gaule par les Romains, les poêles à sel étaient des récipients larges, généralement rectangulaires et peu profonds, formés par un assemblage de tôles métalliques. A l' origine suspendues au dessus du foyer, les poêles furent par la suite posées sur des murets de briques. Un feu généralement alimenté en bois était installé dessous.

Le principe était toujours d' obtenir la cristallisation du sel par l' évaporation de la saumure préparée à l' avance et versée au fur et à mesure dans la poêle. Le sel ainsi récolté était raclé régulièrement sur les bords de la poêle et prélevé à intervalle régulier . Cette incontournable technique des poêles à sel élevée à l' échelon industriel sera sans cesse améliorée au cours des siècles et perdurera jusqu' au début du XXème siècle.

 

 

 

 


La principale voie antique qui traversait le Saulnois reliait Metz à Strasbourg. Elle traversait d' abord l' agglomération de Delme mentionnée sur la Table de Peutinger sous le nom d' "Ad duodecimum", c' est à dire littéralement "A la douzième" ( borne ) et semblerait indiquer une distance par rapport à cette grande cité voisine qu' était Metz à l' époque. Delme devait donc être une station-relais où quelques vestiges archéologiques ont été découverts. La voie rejoignait ensuite la Seille afin de la traverser à Marsal en frôlant préalablement le vicus connu de Vic-sur-Seille où des découvertes archéologiques confirment là aussi son rôle important dans la région.

Tout comme Vic, le puissant vicus de Marsal ne figure pas sur les itinéraires antiques. Pourtant son importance est attesté d' abord par la taille de son énorme îlot de briquetage et aussi par les trouvailles archéologiques faites sur le territoire de la commune et sur "la Côte St-Jean" dominant à l' ouest le village. Les nombreuses monnaies gauloises et romaines récoltées à Marsal nous prouve le grand dynamisme économique de la région basé sur le commerce et les échanges. La riche localité qu' avait été le Marsal antique a livré en 1842, un impressionnant autel en pierre dédié à l' empereur Claude qui était resté enfoui dans la vase, donnant une preuve de plus de son importance dans le "pays du sel". Malgré cela, on ne connait quasiment rien sur le mode de vie et l' organisation de ses habitants, sinon qu' ils devaient être dominés par de puissants personnages vu la richesse de certaines sépultures découvertes. On connait encore moins les vicissitudes du vicus pendant le Bas-Empire accompagné de son cortège d' invasions, pas plus que la période Mérovingienne où des monnaies d' époque ont poutant été découvertes; confirmant une continuité dans l' occupation du sol et par voie de conséquence des salines ! Il faut attendre le VIIIème siècle pour avoir des traces écrites de la ville, qualifiée d' oppidum par Paul Diacre dans "L' Histoire des évêques de Metz", supposant ainsi l' aspect fortifié de la ville. La place devenant une possession ecclésiastique, et le sel étant soumis à de fortes taxes, les divers conflits entraînèrent le renforcement au XIIIème siècle des fortifications situées autour de la saline elle-même située au coeur de la ville. Pour finir, Vauban en fera au XVIIème siècle avec ses nouveaux remparts et ses fossés, une importante place forte statégique, mais sans intérêt car la saline de Marsal sera fermée au XVIIIème siècle au profit de salines plus importantes comme Dieuze ou Château-Salins et la région devenant plus sûre aprés le rattachement de la Lorraine à la France, la place sera progressivement démantelée.


 

 

 

 
TIBERIO CLAUDIO DRUSI FILIO CAESARI AUGUSTO GERMANICO, PONTIFICI MAXIMO, TRIBUNICIA POTESTATE III, IMPERATORI III, PATRI PATRIAE, CONSULI DESIGNATO, VICANI MAROSALLENSES PUBLICE. DEDICATA VIIII KALENDAS OCTOBRES ANNO CAII PASSIENI CRISPI II TITO STATILIO TAURO CONSULIBUS.

A Tibère Claude, fils de Drusus, César Auguste Germanicus, grand pontife, dans sa troisième puissance tribunicienne, imperator trois fois, père de la patrie, consul désigné; les habitants de Marsal, sur fonds publics, ont édifié ce monument, le neuvième jour avant les calendes d' octobre, l' année ayant pour consuls Caius Passienus Crispus pour la seconde fois, et Titus Statilius Taurus.

Autel dédié à l' empereur Claude par les habitants de Marsal, et daté de 44 aprés J-C ( Musée de Metz ). Le texte latin y est ici développé et traduit .


 

La "Côte St-Jean", qui est une colline entourée par les agglomérations voisines de Marsal, Salival, Vic-sur-Seille et Moyenvic est célèbre dans le Pays Messin et dans le Saulnois pour avoir été le théâtre tragique de la décollation de Saint-Livier, le martyr des Médiomatriques. Comme souvent dans ces cas là, l' Histoire et la Légende se confondent pour nous relater les faits :

Saint-Livier serait né au début du Vème siècle, et il était le fils d' un puissant seigneur du Pays Messin. Dans sa jeunesse, il accompagna son père dans la lutte contre les barbares qui franchissaient les frontières. Il revint en hâte dans la ville de Metz avant l' invasion des Huns d' Attila en 451, pour y être nommé chef de l' armée de défense de la cité menacée. Aprés une résistance acharnée, le chef chrétien Livier fut fait prisonnier et les Huns l' emmenèrent dans leur camp établi sur le Haut de Saint-Jean, la colline qui était à ce moment là située au pied de la voie romaine (actuellement le GR 5 à cet endroit). Là, les Huns supplicièrent Livier afin de lui faire renier sa foi et se venger d' un de leur chef tué dans la bataille. Devant le refus de St-Livier, les Huns décidèrent de le décapiter. Mais un évènement imprévu se produisit : St-Livier ramassa sa tête coupée et la déposa un peu plus loin, à un endroit où depuis coule en permanence une source. Ce miracle aurait provoqué l' abandon du Haut de St-Jean par les Huns terrifiés. Les habitants de la vallée de la Seille inhumèrent ensuite St-Livier à l' endroit du miracle, au nord de la Côte St-Jean. Le lieu devint ensuite un pélerinage renommé, et une chapelle y fut bâtie. Les reliques du saint furent transférées à Metz au Xème siècle et l' ancienne chapelle fut reconstruite au XVIème siècle. Elle existe encore de nos jours.

Carte de la région proche de Marsal


 

Quelques images du village de Marsal ( Cliquer pour agrandir )

 

La porte de France à présent restaurée gardait l' entrée de Marsal et reste un témoin privilégié des fortifications dues à Vauban.

 

 

La porte de France, vue ici de l' intérieur du village, abrite le trés intéressant Musée du Sel de Marsal.

 

 

La collégiale Saint-Léger, qui remonte au XIIème siècle, est construite sur le briquetage instable de Marsal; ce qui lui a valu plusieurs effondrements au cours de son histoire.

 

 

Prés de la rue de La Poterne, un sentier de découverte aménagé permet de visiter une des rares mares salées subsistant dans la région. Les panneaux explicatifs nous renseignent sur sa nature et la flore halophile qui colonise les alentours.

 

 

Marsal entouré des vestiges de ses remparts, vu du ciel.